Paroles de François Libermann
EUROSPIRITAINS PRIER LIBERMANN

GARDER L'ABANDON TOTAL ENTRE LES MAINS DE DIEU  A un séminariste (Paris, 26 janvier 1830)

Vous m'apprenez que vous souffrez encore de la tête. Ce vilain mal de tête ne veut donc pas s'en aller? Eh bien ! que faut-il dire à cela? "Tant mieux, que le bon Dieu en soit béni." Ce mal ne vous empêchera pas de procurer sa gloire; car, si cela devait vous en empêcher, il saurait bien vous guérir. Cest pourquoi je crois que vous feriez bien de vous tenir dans une parfaite tranquillité par rapport à cela, et de ne pas désirer, au moins pas trop ardemment, d'en être guéri, mais de vous en remettre entièrement, si cela vous était possible, à sa divine sagesse, qui fait toujours ses oeuvres si admirablement bien. Rappelez-vous souvent ces paroles de l'Imitation: Pauci in infirmate meliorantur; par les trop grands soins qu'on prend pour ne pas souffrir, on aigrit le mal, on déchoît très souvent de la perfection à laquelle Dieu nous appelle. Il faut mettre toute notre confiance en DIeu, ne rien donner à la nature et souffrir avec un grand plaisir, en union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ et sa très sainte Mère sur le Calvaire. (L.6)

DANGERS DE L'ETAT DE MALADIE POUR L'AME    A un séminariste (Issy, 22 octobre 1836)

Que le Bon Dieu vous conserve toujours dans sa paix et son unique amour. C'est là, mon très cher, le grand et le seul désir de mon coeur par rapport à vous. Je vous avoue bien que j'ai de grandes craintes là-dessus. Vous êtes malade au milieu du monde, par conséquent dans un pays ennemi. Il ne se trouvera personne, peut-être, qui puisse vous rappeler les vérités si importantes et si essentielles dont nous parlions sans cesse, lorsque nous nous trouvions ensemble au milieu de nos très chers et bien fervents frères. Que vous dira-t-on du matin au soir? Cette soupe est fort bonne, vous commencez à aller mieux, le printemps vous rétablira entièrement, ce remède a eu bon effet, et cent mille autres belles choses pareilles. On fera même ce que l'on pourra pour vous empêcher de vaquer à vos exercices de piété, sous prétexte que cela vous serait nuisible. On cherchera, par toutes sortes de moyens, à vous dissiper et à vous faire oublier la pensée de Dieu et de la sanctification de votre âme; on vous amusera avec des jeux, des nouvelles et toutes sortes de futilités... Prenez garde à vous, mon cher, et ne vous y laissez pas prendre.
Evitez toutefois de tomber dans la roideur, car ce sera là un autre écueil pour vous. Dans votre sentiment de crainte de vous laisser aller, vous risquez de perdre cette liberté d'esprit dont vous avez grand besoin. Voilà pourquoi, mon très cher, je vous écris ce peu de mots, pour vous encourager et vous fortifier dans les voies de l'unique amour de notre bon Seigneur Jésus.

La première maxime que vous devez mettre en pratique, c'est de ne jamais vous rechercher en rien. Abandonnez-vous entièrement entre les mains de Dieu. Tenez-vous prêt à recevoir de lui tout ce que bon lui semblera. Vous n'êtes rien à vous-même, et vous ne possédez rien; tout ce que vous avez et tout ce que vous êtes, appartient à lui seul. C'est lui qui en est le souverain maître et le souverain dispensateur; et par conséquent il peut en disposer selon son bon plaisir. De là, ne cherchez en rien le plaisir de vous soulager. Prenez cependant les choses nécessaires ou seulement utiles à votre soulagement; telle est la très sainte volonté de Dieu. Prenez-les sans crainte et avec toute la liberté d'un enfant de Dieu. Prenez-les lorsqu'on vous les présente, mais ne courez pas après avec inquiétude. S'il vous vient des désirs et des tentations, ne vous en troublez point; mais tenez-vous en paix.

Ne vous inquiétez pas, si vous allez plus mal; et ne vous réjouissez pas, quand ça va mieux. Soyez entre les mains de Dieu comme un homme mort et anéanti. Vous n'avez plus de vie ni de sentiment à vous; tout en vous est à Dieu. Ne vivez donc et ne sentez qu'en Dieu et selon Dieu. Souvenez-vous que vous êtes rempli de l'Esprit de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et que c'est cet Esprit-Saint qui veut être lui seul le principe et la fin de tous vos désirs, de toutes vos affections, de tous les mouvements et tendances de votre âme. N'ayez donc plus de vie propre, mais laissez-le vivre seul en vous. Ne cherchez rien et n'ayez aucun mouvement par vous-même, mais que lui seul soit l'unique vie et l'unique mouvement de votre âme. Il faut que nous soyons morts entièrement à nous et à toutes choses; et alors notre vie sera cachée en DIeu avec Notre-Seigneur, à qui nous serons intimement unis par toutes les puissances de notre âme; celle-ci étant entièrement vide de créatures et d'elle-même, l'Esprit de Notre-Seigneur sera l'unique vie en elle. Ayez bon courage, mon cher, tenez votre âme dans une paix continuelle devant Dieu. (L.40)

CONSEILS POUR BIEN PROFITER DES MALADIES QUE DIEU NOUS ENVOIE   A un jeune prêtre  (Rennes, 28 juillet 1838)

Vous n'avez qu'à bénir Notre-Seigneur de tout votre coeur de ce qu'il lui plaît de vous envoyer quelques petites tribulations. C'est une chose excellente que les maladies et les contrariétés; elles nous détachent de nous-mêmes, et nous apprennent peu à peu à acquérir le véritable renoncement intérieur. Une petite tribulation, une contrariété quelconque, nous sert beaucoup plus pour nous faire parvenir à ce renoncement intérieur désiré, que cent privations que nous nous serions imposées nous-mêmes. Lorsqu'on se prive et qu'on se mortifie, il reste toujours quelque chose au fond qui nous satisfait; il est rare du moins que notre mortification soit parfaite et qu'il ne s'y mêle pas une certaine satisfaction; tandis qu'une maladie qui nous empêche d'agir selon nos goûts, ne fait qu'amortir en nous la volonté propre, le goût naturel et les affections humaines. Voilà pourquoi, elle est si excellente, et elle n'a pas non plus de quoi nous satisfaire.
Je sais bien que, d'un autre côté, elle a ses dangers; mais si on la prend bien on peut les éviter. Pour bien prendre la maladie, il ne faut jamais raisonner sur les peines et les difficultés auxquelles elle nous soumet, mais s'abandonner et se réjouir en Dieu seul, qui nous l'envoie pour la sanctification de nos âmes. Il ne faut pas mettre un si grand empressement à guérir, mais abandonner à Dieu ses désirs et ses idées là-dessus. De là, prendre les remèdes comme une chose nécessaire et ordonnée de Dieu, et par obéissance au médecin, sans s'inquiéter ni attendre le résultat de ces remèdes, ce qu'il faut abandonner à la divine Providence. Il faut se faire une vie sans soucis, vivre simplement devant DIeu, vivre de son bon plaisir, sans volonté et sans désir, et ainsi, user des remèdes parce que cela convient à un malade, mais en user comme n'en usant pas. Pourquoi vouloir absolument être guéri, lorsque Dieu ne le veut pas? Pourquoi vouloir que ce remède opère, lorsque Dieu ne lui donne pas d'efficacité? Regardez votre corps comme si c'était celui d'un étranger que vous ne connaissez pas, et dites à Dieu: "Seigneur, guérissez ce pauvre corps, si c'est votre bon plaisir; mais laissez-le pourrir dans sa corruption si vous le juger à propos"... (L.116)

DEMANDER LA GRACE D'UNE SAINTE INDIFFERENCE DEVANT LA MALADIE  A un directeur de séminaire (Rennes, 29 novembre 1838)

Vous devez tâcher de ne plus vous occuper de votre corps, et d'entrer dans une certaine joie lorsque vous êtes en peine. Attachez-vous de coeur à la divine croix, plaisez-vous-y et jouissez-en à loisir, afin que le règne de Dieu s'établisse dans votre âme et qu'il achève votre sanctification comme il l'a commencée. Ne le troublez pas dans sa divine conduite; laissez-le poursuivre et terminer ce combat contre la chair. Soyez en repos et comme neutre pendant la lutte; rangé et abandonné sous sa divine protection, recevez tous les coups qu'il porte et cachez-les dans le fond de votre intérieur.
Ce serait une grande grâce à demander au divin Maître que cette indifférence et cette adhésion d'amour et d'abandon entre ses bras à sa très douce, très aimable et divine volonté et conduite, tant en votre corps qu'en votre âme. Ne faites pas attention aux remèdes et soulagements que vous prenez; usez-en comme n'en usant pas. Considérez Jésus seul vivant et régnant en tout et partout, et désirez une seule chose, vivre en lui seul, mourir à vous et en vous, de manière qu'il soit seul en vous, comme si vous étiez étranger à vous-même. Si vous faites ainsi, alors, que vous alliez mieux ou non, votre esprit n'en sera ni plus ni moins gai. Je sais que, bon gré malgré, la nature éprouve un peu de relâche quand elle va mieux, et, qu'au contraire, elle est comme frappée lorsqu'elle se voit plus mal; mais, pour entrer parfaitement dans les vues et dans la conduite de l'Esprit-Saint, il faudra que l'âme se jette et s'abandonne tellement en son sein, qu'elle se plaise dans la peine plutôt que dans cet état de bien-être.
Si cet état de mauvaise santé empêche de parler de Dieu et de procurer sa gloire, cela ne doit pas influer sur l'âme pour lui faire désirer le bien-être. Généralement parlant, nous devons considérer Dieu agissant en nous, et viser simplement à lui être agréable. Par suite de ce désir et de cet amour, nous nous porterons à le faire régner dans les âmes. Il faut que ce soit ce mouvement intérieur qui nous y porte, et non pas notre propre mouvement; par conséquent, notre grand soin doit être d'entretenir et de nourrir notre âme dans ces saints rapports avec Dieu, et de compter le reste comme accessoire. Lorsque, par l'ordre de sa volonté, nous sommes incapables de faire quoi que ce soit pour sa gloire, nous éprouvons bien une certaine peine, et même quelquefois une peine très grande. Mais notre paix, notre amour, notre union à Dieu doivent augmenter par l'effet de cette peine, parce qu'elle est une impression de Dieu. Si, au contraire, ce mouvement surnaturel et saint est mêlé de notre action propre, alors dans un cas d'incapacité comme celui où vous êtes, nous éprouvons une certaine inquiétude et agitation, des embarras, des tristesses qui nous reportent vers nous-mêmes, des dégouts du même genre et d'autres mouvements humains. Quod natum est ex carne, carnum est: et quod natum est ex Spiritu, spiritus est. "Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l'Esprit est esprit."
Voilà pourquoi, vous ne devez pas vous tourrmenter, à mon avis, de ce que vous ne pouvez faire ce que vous désirer; il ne faut pas non plus forcer les choses, mais vous ménager et attendre la divine volonté. Vous n'avez pas à perdre de vue pour cela la sanctification des âmes ni les moyens efficaces à employer, mais vous ne devez pas aller plus loin que la divine volonté ne vous mène. Ordinairement, Dieu prend des moyens opposés à ceux que nous jugeons nécessaires, pour obtenir la fin qu'il se propose, afin de confondre par là notre humaine sagesse. Voilà pourquoi, en toutes ces choses, je crois qu'il ne faut pas chercher à deviner ce que le divin Maître veut faire en ses petits et par ses petits serviteurs, mais aller droit notre chemin, en ne cessant d'obéir à l'aveugle à son divin bon plaisir, de quelque manière qu'il le déclare, être fidèle à la divine voix qui parle en nos âmes, et croître toujours en amour, louanges et actions de grâces à son égard, sans nous inquiéter de rien, et en laissant aller toutes les choses selon son bon plaisir divin. (L.135)


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