Paroles de François Libermann
EUROSPIRITAINS PRIER LIBERMANN

(Extraits du livre de Soeur Marie-Elie Jollivet)
JESUS PRECHE LE RENONCEMENT

Il s'agit de comprendre

Tout le monde sait qu'il faut se renoncer en tout et ne vivre que pour Dieu et en Dieu seul; mais il s'agit de comprendre ce que cela veut dire.
Se renoncer en toutes choses, ne signifie pas qu'il faut s'accabler de mortifications extérieures. C'est un grand défaut qu'ont quelques-uns de le croire.
Ils s'imaginent que toute la perfection consiste dans une mortification, un acte d'humilité, quelques autres pratiques et dans des sentiments de dévotion sensible.
Ils sont quelquefois fort imparfaits avec un grand zèle à se mortifier, à s'humilier; ils sont quelquefois fort immortifiés au milieu de leur mortifications multipliées, et fort orgueilleux au milieu de leurs nombreux actes d'humilité; il en est de même de tout le reste.

Votre désir de mortifications a bien quelque chose de bon, mais il n'est pas entièrement bon, je crois. Il faut donc faire grand attention sur ce point... Nourrissez en vous ce désir et ne rassasiez pas en cela votre appétit; évitez de vous laisser aller à votre fougue.
Gardez votre âme contrite et humiliée devant Dieu, mais n'allez pas vous précipiter en toutes sortes de choses qui pourraient vous être très désavantageuses.

Un homme renoncé.

Tâchez de vous oublier vous-même; ne vous occupez jamais de ce qui pourrait faire bien ou mal, plaisir ou peine; ne vous inquiétez pas si vous êtes joyeux ou triste, content ou affligé; en un mot, oubliez-vous en toutes choses, pour ne vous occuper que de Dieu et ne vivre que pour lui et en lui. Si vous faites cela, vous serez un homme mortifié.
En second lieu, faites-vous oublier par toutes les créatures, agissez simplement en vue de Dieu, comme s'il n'y avait que Dieu et vous dans le monde.
Faites cela en toute douceur... et dans l'intention pure de ne vivre en toute chose que pour Dieu seul. Faites ainsi et vous acquerrez la véritable humilité.

Les deux branches importantes du renoncement

Oublier toute créature, être oublié de toute créature et en être content.
Enfin, s'oublier soi-même pour ne voir que Dieu et n'être vu que de lui et en lui: voilà ce qui forme l'homme de Dieu.

Telles sont donc, en général, les deux branches importantes du renoncement.

C'est dur parfois, surtout dans la continuité de la vigilance et des combats, mais dès qu'on s'y met avec vigueur, cela ne coûte plus.

... Ce n'est pas moi qui prêche l'abnégation, c'est JESUS CHRIST qui a mis cette condition à la réception de qui que ce soit au nombre de ses disciples: "Si quelqu'un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, ... etc et même à sa propre vie, il ne peut être mon disciple. Celui qui ne porte pas sa croix et ne marche pas à ma suite, ne peut pas être mon disciple." Lc 14, 26-27.
Il n'y a pas de point de doctrine plus fortement exprimé dans le saint Evangile.

(L.S. A M.X. nov.1830; à M.Claire, 2-2-1848 et E.S. 476 avril-juillet 1851)

ACTION ET PERFECTION IDEALE

Se mettre en garde contre la perfection idéale
dans la conduite des hommes
.

Nous nous faisons des choses une idée parfaite, et nous voulons que ces conceptions parfaites aient leur entière exécution. Telle n'est pas et telle n'a jamais été la marche de la divine Providence.
Elle veut que les commencements soient toujours faibles et imparfaits; elle veut qu'il y ait du défectueux dans ces commencements. Il faut se soumettre à sa volonté, faire les choses le mieux qu'on le peut, et s'en remettre pour le tout à ses soins...

Un principe très important pour l'action, et cela en toutes choses, c'est qu'il faut toujours se mettre en garde contre la perfection idéale. Il est bon qu'on sache concevoir comment les choses doivent être pour le succès; il est nécessaire de connaître la conduite à suivre, pour la réalisation des moyens d'exécution qui sont les meilleurs.

Savoir modifier ses vues, se plier, s'adapter

Mais il est encore plus important de savoir modifier ses vues, se plier, s'accommoder aux persoones, aux choses et aux circonstances... autrement, on se brise contre les difficultés...
Apprenez à souffrir les fautes du prochain, apprenez à supporter qu'une chose soit exécutée à demi, d'une manière défectueuse même.

Pour avoir l'âme en paix, pour être capable de faire de grandes et importantes choses, il faut à tout prix parvenir à une certaine indifférence dans les maux qu'on ne peut guérir... Tant que vous n'entrerez pas dans cette voie... vous gênerez le prochain dans sa marche, vous l'empêcherez de faire tout le bien qu'il pourrait, surtout si c'est un esprit faibel et dont la portée ne va pas loin; vous le découragerez, et risquerez de lui faire commettre des fautes et des imprudences nombreuses.

Le moyen le plus puissant: tolérer

Pour moi, quel est le moyen le plus puissant que j'emploie pour conduire les hommes ? ... C'est de tolérer en chacun les défauts que je prévois ne pouvoir effacer, supportant parfois les manières d'être les plus inconvenantes et les plus grossières, laissant surtout chacun dans son état et cherchant à l'y perfectionner. Soyez bien sûr qu'à cet égard, jamais rien ne se fait par force, par contradiction, par résistance.

Mais, au contraire, tout se fait, tout s'obtient par le support, la tolérance, la douceur et le calme. Je dis le tout, je ne veux pas dire qu'on parvienne à faire perdre aux gens leur caractère et leur manière d'être naturelle, ni même tous les défauts de cette dernière. Mais on gagne sur tout cela tout ce qu'il est possible de gagner, et l'on fait progresser dans le bien ceux qu'on rendrait nuls par une conduite opposée...
Ne cherchez donc pas de consolation dans les hommes, mais cherchez plutôt à les consoler et à les encourager.

Soyez maître de votre âme,
et vous serez maître du monde entier.

(L.S.et N.D. A M.Lossédat, Gorée 15-4-1846)



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